Chantal !
Chantal G
55 ans
Marseille
a été présidente du CEL de septembre 1994 à septembre 1999
Vous pouvez voir en cliquant sur les mots en bleu les documents (photos, tracts, compte-rendus, etc...) qui accompagne chaque témoignage.
J’ai rencontré le CEL un soir de 1992.
A cette époque-là, j’étais absolument pas militante...
Par contre avec quelques copines lesbiennes, on avait monté une équipe de volley, on avait fait les Gay Games à Vancouver.
On avait appris que des fêtes se faisaient sur Marseille boulevard Longchamp. On s’est dit : "Tiens, on va aller voir comment ça se passe..." Et on s’est retrouvé à une fête du CEL qui à cette époque-là était une association de loisirs, une association de femmes, culturelle et de loisirs.
Je me rappelle que quand je suis rentrée dans cette salle où il n’y avait que des femmes... je me suis "Waouh ! et bien c’est là qu’il faut que je sois (rire)". Et je me suis retrouvée à aller voir comme Patricia les activités qui se faisaient et puis je me suis retrouvée à une assemblée générale où tout le monde démissionnait.
Il y avait visiblement des problèmes relationnels et du coup, on s’est dit : "Ça commence à peine, il ne faut pas que ça s’arrête, allez, on y va !" et nous voilà parties là-dedans sans trop savoir ce qu’on allait y faire.
Qu’est-ce qu’on fait ? Une association culturelle, ça suffit pas, il n’y avait que des lesbiennes là-dedans... Il fallait quand même que ce soit clair. Et comme on avait des amies militantes qui connaissaient l’histoire des lesbiennes, il faut qu’on s’associe et qu’on essaie d’aller plus loin et faire avancer le droit des lesbiennes, le droit des homosexuels, il faut y aller, quoi !
Je me rappelle que c’était facile, quoi, c’était facile... Tout le monde était enthousiaste, on faisait des réunions, on était 20, 30, 40... On faisait des conférences, on était 50, il fallait pousser les murs dans le local qu’on avait... C’était hallucinant... On faisait des fêtes, on a commencé à 200... 300, 400, 500, 600... C’était de la folie !
Les femmes, elles venaient de toute la France aux fêtes du CEL... et c’était ça aussi le militantisme, c’était avoir un lieu où tout le monde pouvait se retrouver, les militantes, celles qui avaient envie de la cause des lesbiennes, la cause des femmes et celles qui avaient juste envie de se retrouver autour d’un verre, faire une partie de cartes, on faisait des tournois de contrée, on faisait des randos, on faisait des week-ends, c’était fabuleux comme on s’éclatait... on s’éclatait !
Et on allait aussi à Cineffable, on a fait pendant plusieurs années un prix pour un court-métrage. On a aussi participé à la première Lesbian et Gay Pride, on a participé à ce qu’elle se fasse, on l’a même initié et à la première LGP, il y avait plus de lesbiennes que de gays. A l’époque, c’était seulement Gay Pride...
Et je me rappelle aussi tout le travail qu’on a fait pour la création de la Coordination Lesbienne Nationale. Ça a commencé en discutions à Cineffable et on a fait une première réunion sur Marseille avec des femmes qui venaient de toute la France. Puis on s’est retrouvé à Valence, et à Valence, on était nombreuses... pour créer les statuts... c’était fabuleux, c’était fabuleux !
Quand j’y repense, ça fait 2 jours qu’on en discute avec Patricia, qu’est-ce que c’était bien... même s’il y a eu des coups de gueule, qu’est-ce- qu’on s’est disputé (rire) mais franchement, aujourd’hui, je dis "bravo au CEL" car aujourd’hui encore il est là. Et pas plus loin que cet été, il y a eu l’Euro-Lesbo-Pride, il fallait le faire... Et pourtant aujourd’hui, elles ne sont plus 200 comme on était nous quand on lançait des mouvements. Elles ne sont qu’une poignée et bien bravo !
Les espaces de femmes, c’est vrai qu’on a toujours été attaquées sur ça... Le CEL, c’est ringard, il n’y a que des femmes, vous êtes sectaires, vous aimez pas les hommes... Elles ont pas compris... on sait qu’on a besoin de ça, on a besoin de ça pour pouvoir donner la parole aux femmes... moi, chaque fois que je me suis retrouvée dans un endroit mixte, c’était les mecs qui prenaient la parole, c’étaient pas les femmes... et aujourd’hui encore... je vais peut-être dire quelque chose qui n’est pas politiquement correct, mais dans tous les grands événements que l’on fait, c’est les femmes qui bossent et c’est les mecs qu’on voit ! Gay Pride, EuroPride, c’est toujours les mecs qui parlent...
Et qui c’est qui est dans la rue ou qui c’est qui travaille sur les discours, la parole, c’est les lesbiennes... et je dis que le CEL doit persister et signer, il faut que le CEL reste une belle association lesbienne et exclusivement lesbienne...
Pourquoi je suis devenue militante... ? Quand je suis arrivée au CEL, je me suis dit voilà enfin un endroit où je peux être moi... ma vie était un non-dit perpétuel, j’ai 55 ans donc dans les années 80, ça se disait pas... du moins, chez moi, ça se disait pas... je viens en plus d’une petite ville, j’avais jamais vu de lesbiennes avant de venir à Marseille...
Donc quand j’ai rencontré le CEL, que j’ai rencontré des copines féministes avec un discours sur le lesbianisme, j’ai adhéré de suite, je pensais la même chose...
Et puis, c’est plus que ça encore, on s’est battu contre le FN, c’est un ensemble... c’est forcément politique... et évidement de gauche, ça peut pas être ailleurs, pour moi ça peut pas être ailleurs !