Maïté !

Maïté

Maité
66 ans
Avignon

Vous pouvez voir en cliquant sur les mots en bleu les documents (photos, tracts, compte-rendus, etc...) qui accompagne chaque témoignage.

Venant du Nord de la France, j’ai atterri à Avignon en 86 pour suivre ma compagne qui était avignonnaise d’origine et qui était professeur exilée comme moi dans le nord. En 86, installation à côté d’Avignon. Et une année plus tard, alors qu’on cherchait des contacts comme on avait eu dans le Nord, on a vu une annonce dans Lesbia Magazine : 3 femmes, 3 lesbiennes qui proposaient des rencontres à l’occasion de randonnées et qui proposaient aussi des soirées resto.
On a bien sûr sauté sur l’occasion, c’était 3 femmes très sympas : Laurence, Suzanne et Dominique et petit à petit, autour d’elles, le groupe s’est étoffé et on a fait régulièrement des rencontres jusqu’à ce que 2 autres femmes nous contactent pour nous dire : "Puisque vous êtes un petit groupe qui finissait vos rencontres par un restaurant, venez donc chez nous !".
Et ce "chez nous" c’était un restaurant tenu par 2 lesbiennes dans un grand camping et elles nous ont proposées leur lieu le dimanche après-midi. On faisait des jeux de boules, de badminton, des thés dansants dans le parc du camping où en hiver on était bien sûr les seules. Et ça a donné une convivialité, ça a permis de créer des liens vraiment très intéressants...
Ces 2 femmes restauratrices ont déménagé et elles ont pris en gérance le Motel qui est une à référence, que beaucoup de monde connaît, le Motel 7 à Bédariddes qui était à la fois un restaurant, un hôtel avec piscine. Elles y faisaient au départ une fois par mois puis plus souvent une soirée dansante, une soirée repas et celles qui venaient de loin pouvaient dormir sur place. Et ça s’est créé un peu avant que le CEL ne fasse ses soirées dansantes et il n’y avait que ce lieu là dans la région et on arrivait de St Étienne, de Lyon, de Montpellier, de l’Ardèche, ça arrivait de partout parce que c’était le seul lieu qui était vraiment très agréable et les femmes dormant sur place pouvaient aussi aller le lendemain des soirées dans la ville de Châteauneuf-du-Pape faire des dégustations...

Ce motel a été un lieu central pour développer la vie lesbienne et dans le Vaucluse et aux alentours et c’est d’ailleurs là à l’occasion de ces soirées, que j’ai fait connaissance des premières adhérentes du CEL : Chantal, Patricia L, Muriel et ça a été le lien qui a permis qu’on se mette en connexion les unes, les autres... Les informations ont circulées beaucoup plus largement...
À la suite des liens qui se sont créés au Motel 7, une association est née sur le Vaucluse qui s’appelait Les Asphod’elles en 92. C’était une association qui, dans ses statuts, n’avait pas dit que c’était à destination d’un public lesbien mais c’était 100% de lesbiennes parce que c’était pas évident d’oser pour les femmes qui nous représentaient au bureau de déposer des statuts où il y avait le mot "lesbienne" dedans, c’était dans les années 90, c’était pas encore tout à fait simple... L’association Les Asphod’elles qui a eu des activités à Avignon, à Jonquières, etc... avait à son programme des activités culturelles, conviviales, des soirées, des thés dansants, des sorties ciné, des activités classiques d’une association lesbienne avec un petit, petit volet militant. C’est souvent le plus difficile à développer...
J’étais tombée dans la marmite très tôt et je me suis occupée de ce volet militant au sein de cette association où je faisais la formation sur ce qui a précédé le PACS : le CUC, le CUCS, etc... Et j’essayais de sensibiliser à l’avancée de nos droits. Malheureusement, l’association n’a pas vécu longtemps, elle s’est arrêtée fin 94. Des tensions... On sait ce que c’est la vie dans les associations quelles qu’elles soient d’ailleurs... L’association a duré 2 ans mais ça a été le départ de quelque chose qui s’est poursuivi dans le temps et qui s’est construit peu à peu...

Et j’ai fait partie du petit groupe de femmes qui souhaitaient ne pas s’arrêter là et poursuivre l’aventure... Nous avons crée les Inform’elles à Avignon. Parce que celles qui en faisaient partie ne souhaiter pas le cadre de l’association loi 1901. C’était juste un groupe des Inform’elles. J’en étais l’animatrice pour beaucoup et nous avions une rencontre mensuelle dans un café avignonnais tenu par un gay qui nous recevait avec beaucoup de plaisir dans une arrière-salle, on était bien accueilli, c’était agréable et les échanges se faisaient bien. Là aussi, on venait de l’Ardèche, de la Drome, du Gard... parce que des lieux, il n’y avait pas encore beaucoup, c’était les années 90... J’ai mis au programme un stage de danse de salon, j’ai proposé à des femmes artistes musiciennes de se produire, un pièce de théâtre également faite par une lesbienne. Il y avait à la fois du culturel, du festif, du convivial... C’était beaucoup d’activités qui ont fédéré pas mal de lesbiennes dans la région.
J’ai bien sûr continué mon activité militante. Certaines ne le souhaitaient pas ce volet militant car elles étaient là essentiellement pour faire des rencontres, éventuellement trouver l’âme sœur... Ça fait partie de notre mission et notre rôle de nos associations de créer du lien et du lien qui va même au delà de l’amitié et du convivial. Certaines ne venaient que pour ça mais j’essayais de faire passer d’autres messages sur nos droits puisque je continuais mon engagement féministe en même temps.
On s’éloigne un peu d’Avignon : en 95, j’ai écrit un article dans Lesbia Magazine qui invitait le mouvement lesbien français (j’avais appelé ça le nouveau MLF) à mieux s’organiser vis à vis des pouvoirs publics. 1995 était l’année de la Conférence Mondiale des Femmes à Pékin. Et l’état français avait une délégation officielle qui se rendait à Pékin. Et bien sûr, il y avait le forum des associations non institutionnel. Et m’étant renseignée sur qui faisait partie de la délégation officielle représentant l’état français, je savais qu’aucune lesbienne visible n’avait été contactée, ni n’avait son billet pour Pékin. J’ai trouvé que c’était un gros manque !
Et j’ai écrit cet article dans Lesbia pour que nous rassemblions toutes en France pour exister vis à vis des pouvoirs publics et vis à vis d’autres partenaires associatifs.
Il s’est trouvé que ça a correspondu à une attente et que à l’occasion de Cineffable, festival de films lesbien de l’année précédente, les femmes avaient fait le même constat que moi. On est dans nos régions, nos associations commencent à se développer mais il n’y a pas de lien qui se crée ni d’organisation qui puisse nous mettre en lien les unes les autres.
Donc à partir de là, on s’est dit : on n’est pas les seules à penser la même chose, il faut faire quelque chose...
A ce moment-là, j’étais aux Inform’elles mais aussi au CEL. Je faisais beaucoup de choses avec le CEL puisque Avignon-Marseille, c’est pas si loin... J’ai fait partie du conseil d’administration du CEL pendant pas mal de temps, j’en ai été une des vice-présidentes.
Et le CEL, les Voies d’Elles de Grenoble et les Inform’elles d’Avignon, ces 3 associations ont lancé l’idée d’une rencontre inter-régionale. Elle a eu lieu dans le Vaucluse. Puis d’autres régions ont fait la même chose. Et on s’est dit : ça y est, on est prêtes à mieux s’organiser...
Et les 3 associations, CEL, Voies d’Elles et Inform’elles, ont été mandatées par toutes les autres associations pour organiser la première rencontre de printemps à Valence dans la Drôme. C’est pour moi un très, très, très grand moment !
Ce rassemblement de centaines de lesbiennes qui venaient de toute la France, qui jamais ne s’étaient rassemblées de cette manière en France... On étaient toutes portées par la même envie, la même énergie, la même force... On avait commencé à bâtir dans nos associations locales... mais là, on mettait tout en lien... Et ça a été un moment extrêmement fort.
Quand on fait la photo pour immortaliser le moment, croyez moi que j’avais le cœur battant ! J’ai donc été un des moteurs de ce rassemblement... et c’est pour moi (j’étais certainement pas la seule) un moment que j’ai vécu intensément ! Ça a été le départ de très grandes choses ! C’est la naissance de la Coordination Lesbienne Nationale.
J’avais fait le discours de proposition des bases de la coordination et cela avait été accepté.
En 97, il nous restait à bâtir les statuts de la coordination. Car participaient des associations loi 1901, des groupes associatifs non déclarés en Préfecture et des individuelles. Comment faire cohabiter démocratiquement ces 3 entités ? Ça a été beaucoup de temps de réflexion, parfois de tensions... Car ce n’était pas simple pour que tout le monde soit représenté à égalité. Ça nous a pris du temps mais en 97, la Coordination s’est véritablement créée et déclarée à Paris. Et il a fallu décider qui prendrait la présidence et l’ensemble des participantes a demandé au CEL de tenir cette première présidence. Parce que c’est vrai que Nicole S et moi avions été des éléments porteurs de cette mise en place. Nous avons pris un petit temps de réflexion car il fallait bâtir tout le socle de fonctionnement de la coordination à la fois en interne et en externe, vis à vis des ministères, des institutionnels, de nos partenaires associatifs, du monde gay et lesbien, les partenaires de droit humain...
Au sein du CEL, Nicole et moi nous étions membres du CA et on nous a détachées pour nous occuper de la présidence de la coordination lesbienne. Cela a été un travail très intense, une année très épuisante mais tout à fait inoubliable ! (rire)
Et on a passé la main au bout d’une année, c’était le principe de changer chaque année et puis de toute façon, c’était lourd... on faisait chacune, Nicole et moi, un bon mi-temps en téléphone, en documents, en relations avec les institutionnels dans toute la France, toutes les associations. C’étaient des beaux, grands moments, très forts, très porteurs... mais très fatigants aussi ! (rire)

 


Documents contenus dans le témoignage
Asphod'Elles
Info d'Elles Info d'Elles Info d'Elles Info d'Elles Info d'Elles
Les Inform'Elles
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Inform'Elles          
           
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