Isabelle !
Isabelle
54 ans
Marseille
Vous pouvez voir en cliquant sur les mots en bleu les documents (photos, tracts, compte-rendus, etc...) qui accompagne chaque témoignage.
Je suis arrivée à Marseille en 1979 de Paris pour faire mes études. Lesbienne dans le ventre de ma mère on va dire, amoureuse de ma meilleure amie, ce n'était pas réciproque et donc ça a été assez dur jusqu'à ce que, finalement, je rentre dans le milieu lesbien. J'ai connu ma première amie vers 20 ans en passant une petite annonce dans Gai Pied, c'est tout ce qui existait à l'époque avant Lesbia Magazine. J'ai entendu parler de la Boulangerie Gay, je ne sais pas si c'était pas par une émission radio. J'ai débarqué là-bas, j'ai connu les jeudis des femmes qui étaient très sympathiques et je ne sais plus j'y étais depuis une fois ou deux quand j'ai été entraînée par une bande très drôle composée de Sylvie G, Gomina et je crois qu'il y avait Agnès qui m'ont dit "On vient de monter un lieu pour les lesbiennes juste en bas de la rue Benoît Malon" . C'était La Douce Amère et elles m'ont traînée là et j'ai trouvé ça génial parce que vraiment c'était délirant, moi j'étais très timide, j'étais un peu dans mon coin, je ne participais pas beaucoup au début mais j'étais ravie, impressionnée ! Il y avait des femmes très militantes, Claude S, Patricia, des discours qui me faisaient plaisir parce que j'étais depuis toujours féministe. J'avais 2 frères, j'étais déjà féministe en famille, je refusais depuis toute petite d'être la jeune fille de la maison.
Donc il y avait à la fois ce côté militant et ce côté fou, il y avait des femmes qui prenaient des tas de produits, qui étaient dans un drôle d'état et je me suis proposée assez vite pour être DJ parce que j'ai toujours aimé faire ça, on a fait des fêtes très, très marrantes et notamment au moment des Universités d’Été où il y avait des femmes qui venaient de partout... Je racontais tout à l'heure qu'une fois il y avait une femme couchée par terre qui essayait de se rentrer une grande clé dans l'oreille, des fois c'était n'importe quoi mais très marrant. J'ai donc d'excellents souvenirs de La Douce Amère où je me suis investie petit à petit mais plutôt dans le côté pratique, je tenais des permanences avec Marie Christine L, on a fait des repas où elle cuisinait et je servais, on a tenu les permanences jusqu'à la fin. On a pas très bien compris comment ça s'est terminé.
Patricia : On n'était pas très nombreuses à fréquenter La Douce Amère, c'était le début …
Oui, c'était les débuts mais pour les fêtes, il y avait quand même du monde surtout au moment des Universités d'Eté. Je me rappelle de soirées guitare avec Martine S. devant la cheminée en haut, cette pièce qui servait des fois de backroom... je l'ai vue fonctionner qu'une fois, je suis redescendue vite, j'étais un peu gênée.
Donc de merveilleux souvenirs et puis cette Université d'Eté au Conservatoire de musique, c'était formidable. À la Douce Amère, j'ai connu Anita comme ça, j'allais au cours de wendo, on s'amusait bien et lorsqu'on sortait, on se sentait tellement fortes qu'on on avait envie d'être agressée pour répondre. La Douce Amère, c'est tombé petit à petit, ça s'est arrêté.
Patricia : En 81, pratiquement tout s'est arrêté...
Pas en 81 car La Douce Amère c'était en 83 !
Patricia : Ah oui c'est vrai ! Mais à partir de l'élection de Mitterrand, tout s'est arrêté petit à petit parce qu'on pensait que le militantisme n'était plus nécessaire puisque tout allait être résolu par les socialistes, en gros. Jusqu'à la naissance du C.E.L. il n'y a pratiquement plus rien eu !
Il y avait encore plusieurs lieux : La Boulangerie Gay, le Bateau ivre, mais qui étaient finalement un peu déserts...
Patricia : Tout à fait … On attendait l'avènement !
Le C.E.L. existait depuis peu de temps - peut-être 1 an - quand j'y ai adhéré mais, comme j'étais assez jeune, c'était plutôt pour les fêtes, pour les sorties équitation, les randonnées, c'est ça qui m'intéressait. Et puis petit à petit, on ne peut pas fréquenter une association sans se sentir obligée de s'investir parce qu'il y a toujours des besoins et dans les années 2000, d'abord je suis allée aux cours d'anglais d'Anita, un peu pour approcher Anita et puis on est sorties ensemble, j'ai commencé à être bénévole au C.E.L.
Je me suis présentée finalement au C.A, je me suis occupée du premier site internet du C.E.L., après j'ai été co-présidente dans les années 2000. Puis restant au C.E.L. en tant que bénévoles, on est sorties du C.A. et on y est revenues... J'y suis revenue vers 2007-2008 avec Marie-Claude qui a beaucoup bossé mais qui à la fin était un peu fatiguée et qui m'a dit "Tu veux pas être présidente s'il te plaît ?". J'ai dit oui, ça s'était vers 2009.
Anita est venue nous rejoindre et on a essayé de relever le C.E.L. qui était tombé à 35 adhérentes je crois alors qu'on était à 300 à une époque.
Pour l'instant, on est un peu dessous de 200 mais c'est pas évident de rester à ce niveau-là. Quand on avait un local, il se passait plein de choses mais il a fallu le lâcher faute d'argent parce que les fêtes ne marchaient plus, ne rapportaient plus et nous coûtaient de l'argent, ça ne nous permettait plus de payer un loyer et il y a eu un moment où il n'y avait plus de fêtes du tout.
On a relancé les fêtes il y a 2 ans, on a fait une belle fête au Château des Fleurs, comme avant, comme à la belle époque et ça a fait venir beaucoup de monde et maintenant on fait une fête par an, autour du 8 mars mais la dernière n'a pas trop marché. Cette année, on va essayer d'organiser tout un week-end autour de cette fête, on va relancer ça...
J'ai un souvenir des fêtes du C.E.L. c'était génial avec toutes les copines se retrouver si nombreuses !
Je vais parler un peu l'Europride... Dès qu'on a appris qu'elle allait se tenir à Marseille, j'ai demandé à Suzanne s'il était possible de faire une partie non mixte, elle était très contente puisqu'elle était en recherche de contenus. Donc on a commencé à réfléchir là-dessus, à brancher la CLF parce qu'il fallait forcément qu'on ne soit pas seules et aux rencontres de la CLF, on a écouté des conférences comme par exemple sur la sexualité des lesbiennes, les lesbiennes et la dernière guerre et on a repéré des intervenantes qui pouvaient faire des conférences. Puis, petit à petit, ça s'est élargi jusqu'à arriver à un construire un truc sur 8/10 jours, un village...
Patricia : 10 jours parce que vous avez été un peu entraînées comme c'est souvent le cas, vous ne pensiez pas faire un truc aussi long ?
Non, en fait, dès le départ l'Europride devait durer 10 jours, donc on s'est dit que l'EuroLesbopride pouvait durer 10 jours aussi... Finalement, on a voulu prendre tout l'espace, ce qui était peut-être un tort parce qu'au début il n'y a pas eu énormément de monde. Mais comme ça, il y a eu une montée en charge progressive et finalement c'était pas plus mal. Les premières conférences étaient intéressantes et c'était encore fort évidemment les derniers jours, puisque c'était les rencontres internationales avec les assos d'Europe et de Méditerranée.
Et comme vous en avez parlé, mon meilleur souvenir, c'est la Marche de nuit ! Heureusement quelques copines ont pu filmer ça et je revoyais quelques extraits, les slogans, les chants, c'était extraordinaire ! On aimerait effectivement relancer une marche de nuit lesbienne mais j'ai peur qu'on est pas les forces, là il y avait vraiment des femmes qui venaient de tous les pays et de partout en France... Mais si on fait une marche de nuit lesbienne marseillaise avec les femmes d'ici, j'ai peur qu'on soit 50… Mais il faut garder l'idée parce que c'était très fort et on entend dire que c'était la première Marche de nuit lesbienne en France.
Quelqu'une : Et c'était la première Euro-Lesbo Pride aussi !
Je pensais qu'à Toulouse, elles en avaient fait mais apparemment non. Et avec toutes ces aventures, personnellement je suis ravie parce que quand je suis arrivée dans le milieu lesbien, timide et un peu impressionnée. J'avais énormément d'admiration pour toutes ces femmes, comme Maïté, Nicole, Henriette, Anita, évidemment, des femmes engagées, toutes ces militantes que je trouvais passionnantes et intimidantes... Et petit à petit, j'ai réussi à les connaître de près et à être amie avec elles.
Et les femmes de la Coordination Lesbienne, ces femmes de Toulouse, Brigitte et Jacqueline, qui sont géniales, rien que ça c'est un plaisir, de rentrer dans ce cercle parce que finalement ça a mis 20 ans.
Parce que j'étais timide mais aussi parce que, je comprends des femmes qui sont dans la gestion d'événements, d'association, ce n'est pas parce qu'on leur dit bonjour à chaque fois qu'on rentre dans le cercle des proches.
Et je regrette par exemple, quand je suis arrivée au début de la Douce Amère, j'ai jamais entendu parler de ces grandes lesbiennes. Si j'en avais entendu parler, j'y serais allée, je regrette de ne pas avoir participé à tout ça, mais bon je me suis rattrapée par la suite en arrivant à m'approcher quelque part de mes modèles et transmettre un peu ça.
Effectivement, on a du mal à trouver la relève. On a quand même réussi à trouver pour le CEL des filles qui ont 10 ans de moins que moi mais on arrive pas trop à trouver des jeunes mobilisées, militantes. Je pense que c'est une question d'époque, la crise qui génère de l'individualisme et on a suffisamment de problèmes soi-même et on a pas trop de temps à consacrer à la cause en général, au militantisme féministe mais on trouve quand même des jeunes, je vois Anne là...
J'ai participé plusieurs fois à des week-ends de la coordination lesbienne en France, là aussi c'était passionnant !
J'ai d'excellents souvenirs des Bigoudies aussi, je me rappelle d'une soirée, c'était peut-être la soirée érotique, je ne sais pas, où il fallait rentrer son doigt dans un truc où c'était mouillé et gluant. Je pense que c'était la première soirée. C'était très marrant, très subversif et très marrant.
Patricia : Au CEL, vous pouvez être fières de votre réalisation de cet été, de la Marche de nuit et de l'organisation de la Lesbo Pride, c'était un bel événement et c'est bien que vous l'ayez fait.