Laetitia !

Laetitia

Laetitia.
46 ans
Marseille

Vous pouvez voir en cliquant sur les mots en bleu les documents (photos, tracts, compte-rendus, etc...) qui accompagne chaque témoignage.

Je suis Lætitia, lesbienne... assumée, très assumée et je vais vous en raconter l’histoire donc...
Je suis revenue sur Marseille en 96 et entre 96 et 2000, je venais aux 3 G, plus dans le sens de la lesbienne qui vient dans un lieu lesbien, j’avais moins de 30 ans...
Et c’est parti d’une rencontre car c’étaient toujours les 4 créatrices : Laurence, Agnès, Sylvie et Dominique.
Et ça a commencé avec la rencontre avec Laurence C. un soir tout à fait par hasard, qui avait deviné que j’étais artiste et qui m’a proposé de venir exposer aux 3 G. Et c’est comme ça qu’on m’identifiait aussi comme artiste.
C’est en 2001 que j’ai rejoins pour la 1ere fois, le CA des 3 G car j’avais une amie qui se positionnait comme présidente : Areski. Elle m’a dit : "Tiens, on est quelques copines, rejoins nous !". Donc, effectivement, je les ai rejoins et c’est ici dans ce cadre là, les 3 G, que j’ai fait une culture militante au contact des plus anciennes. Ça a animé ma curiosité et évidement chez moi, se devinait des choses plus ou moins subversives, aller voir un peu les limites... participer aux UEH, rencontrer les Panthères Roses, faire une marche des Fiertés très spontanée qui a été construite en une semaine comme on pouvait...
Et donc j’ai fait 2001, 2002, comme membre du CA, puis j’ai démissionné parce que je suis quelqu’un d’assez indépendant... Et je suis revenue en tant que membre du CA car j’ai été contacté par Henriette qui voulait constituer une équipe et qui m’a demandé : "Lætitia si tu veux faire partie des nôtres pour le côté subversif" que les lesbiennes avaient commencé à identifier. Et j’ai dit ok mais voilà moi j’ai un projet, je m’interroge sur la place des lesbiennes dans la Gay Pride et ça ne pourra se revendiquer que comme Gay Pride tant qu’on n’aura pas donné la place des Lesbiennes dans la Gay Pride, on ne pourra pas être Lesbian and Gay Pride. Elle me dit "D’accord, ça c’est ton projet, tu t’en occupes" C’est un projet où on a essayé de voir la collaboration qu’on pouvait avoir avec le CEL. Et je me souviens même du dossier qu’on a rempli pour la Pride avec Agnès et avec mon côté un peu "folle" on a dit : nous on veut 200 mètres pour les Lesbiennes. Ah oui, mais c’est payable au mètre... ah bon, tiens comment on peut faire pour détourner le truc. Donc j’ai appelé une autre amie artiste Sabine R. et on essayé de trouver la manœuvre, peu importe si on est 10, le truc c’est de gagner de la place ! L’idée qu’on avait trouvé, c’était : on a un petit char, on s’inscrit sur 3 mètres mais on fait une traîne et on la déplie au dernier moment. Là, on était déjà arrivé à 50 mètres et on était une vingtaine de lesbiennes... tout le CA jouait le jeu, on a toutes joué le jeu, on s’est déguisées : il y avait la mariée noire, Lady Butterfly et moi Sœur Clito... on va dans la subversion un peu lourde, c’est pas grave... (rires) en bénissant la foule avec des sex-toys et en lançant des capotes... Jouer avec des codes un peu... religion/sexualité... bénir le Maire de secteur Mennucci... J’étais fidèle à ce qui m’avait attiré aux 3 G au début, c’était un militantisme subversif et festif.
Il était important que ce lieu ne perde cette mémoire là. Laurence n’est plus mais pour moi, c’est important de continuer dans le sens de cette première rencontre, de ce qu’elle a interrogé chez moi, me permettre d’exposer ici, m’appeler pour me demander si j’ai pensé à un titre d’expo, moi qui ne donnais jamais de titre à mes expos...
Et spontanément, je lui ai dit : on va l’appeler "sans identité". Ah mais tiens, ça colle ! C’est quoi le Queer, Laurence ? C’est comme ça que je suis arrivée à une culture subversive de la lesbienne pro-orgasmique.
J’ai rencontré aussi Florence F. qui fait les playnights à Paris, je suis allée voir ce qu’était une playnight, et tiens on va voir si je peux rentrer dans une backroom et ah j’y arrive ! Et on vient voir les copines à Marseille : est-ce que ça marcherait ici ? Et ça marche... Et donc l’été 2013, ça part d’une copine (car nous les lesbiennes on fonctionne toujours entre copines, il suffit qu’il y ait une copine pour que ça intéresse, les copines générationnelles, les quadras). Je les ai aidé pour faire la communication de cette soirée DesiNight et il fallait absolument initier le mouvement, on avait déjà été quelques-unes à participer à Paris et on s’est dit : peut-être qu’à Marseille, il va y avoir des frilosités... Et donc vas-y Laetitia... On a donc été quelques unes à revendiquer que l’on puisse baiser en tant que lesbienne.

Patricia : Et finalement, c’était une soirée qui était réussie ?

Et bien pour moi, oui... (rires) Pour Cathy aussi... Mais après je ne sais pas ce qu’en ont pensé les autres... (rires)
Voilà, pour moi, il faut continuer mais pour l’instant, les activités militantes et artistiques passent après mon projet professionnel... être éducatrice... et justement, ce qui est intéressant, avec tout ce que j’ai appris ici, j’ai un regard sur l’éducation où il y a des interrogations de genre, je me retrouve dans un internat avec des enfants où on me demande de placer le nom du père et je ramène toute une équipe d’éducateurs à dire que là il n’y a qu’une maman !
Donc le concept pour moi, il est non-genré... et je commence à interroger des hétéros qui ont leur conception de l’éducation. Ça part d’ici, ça part des 3 G car les 3 G c’est aussi une centre de formation lesbienne (rires) et j’y tiens. J’ai essayé aussi de faire venir des jeunes pour passer ce relais, parce qu’on se fait toutes une culture au contact des anciennes et c’est une transmission et c’est important.

Patricia : C’est sûr ! On s’appuie sur l’histoire des autres !

Il y a eu aussi des opportunités qui m’ont été donné. Par exemple, Michèle P. m’a fait exposé au Festival Reflets en présence de Maria Roclore, Patrick Guitard... Mon premier pas c’est : mon identité c’est artiste lesbienne, création de concepts... Puis j’ai été DJ Moulinex, tiens ça raccorde "Moulinex libère la femme !" (rires) et aujourd’hui j’en suis à Attila parce qu’Attila c’est l’anagramme de Laetitia (rires)...

Patricia : C’est intéressant et c’est bien que cette réflexion soit partie de ta rencontre avec d’abord Laurence puis avec les femmes qui sont passées ici.

On n’est jamais seules... jamais seules ! C’est le principe du militantisme. Et il faut faire le lien avec les jeunes, pas faire venir des jeunes pour faire venir des jeunes, créer le contact car à un moment, il y a des retranchements générationnels... Les jeunes se méfient... Les lignes bougent : ce qui était féministe dans les années 70 et ce qui ne l’est plus aujourd’hui... Il faut faire raccord...

Documents contenus dans le témoignage
Les 3 G Florence Fradelizi