Michèle !

Michèle P.

Michèle P.
49 ans
Marseille

Vous pouvez voir en cliquant sur les mots en bleu les documents (photos, tracts, compte-rendus, etc...) qui accompagne chaque témoignage.

Je m’appelle Michèle, je suis arrivée à Marseille en 89 à cause d’’une histoire d’amour, ça peut arriver... Je suis tombée follement amoureuse d’une fille qui faisait de la voile, qui fait de la voile... Et j’ai commencé ma militance en ayant eu connaissance des activités du CEL dès 90, il y avait des soirées dansantes très, très sympathiques qui avait lieu à l’époque boulevard Longchamp. J’ai commencé à assister à ces soirées dansantes où je prenais mon petit plaisir car j’adore danser. Petit à petit, je me suis investie dans le CEL qui était porté par toutes les camarades que j’ai rencontré à ce moment-là.
Après une très grave maladie qui m’a tenu 2 ans dans les hôpitaux, je suis sortie et là la militance a été encore plus forte. À l’époque je vivais avec une compagne qui m’a aidé dans cette lourde épreuve de la maladie et nous nous sommes quittées. J’avais envie de ne pas couper un lien social, de rencontrer d’autres personnes. Ma vie s’était un peu fracturée pendant plus de 2 ans et professionnellement et amicalement.
J’ai trouvé dans le CEL une aspiration qui avait toujours été la mienne puisque étant une fille de 50, j’ai commencé ma militance dès l’âge de 18 ans avec 68 avec une maman qui était instit et qui nous amenait ma sœur et moi dans les manifs et après dans les mouvements féministes des années 70, 71, 72... Femmes en mouvement, etc...

Patricia : À Paris ? Oui, à Paris.

J’habitais Paris à cette époque là et je suis arrivé en PACA qu’en 89 pour rejoindre la femme dont j’étais amoureuse.
J’ai commencé à militer au CEL dès 96 et en 98, je m’y suis beaucoup plus investie. Il y avait aussi les 3 G qui avaient ouverts. C’était les fêtes aux 3 G, ici, ce lieu qui nous accueille pour ces témoignages. Et ensuite, je n’ai eu de cesse de continuer ce militantisme au travers de plein, plein de choses... Tout d’abord, parce que j’ai rencontré une copine avec qui on fait plein de choses.
J’ai participé à l’élaboration de ce journal que le CEL a créé qui s’appelait Esprit de CEL, peut-être vous en souvenez vous... On était toute une équipe de 7 ou 8 rédactrices en chef où chacune abordait des questions diverses et variées. Ça allait de la politique au social, à la littérature...

Patricia : Tu faisais des articles ?

Oui, j’écrivais des articles, des éditos parfois comme toutes. Et puis j’ai proposé au journal de faire une rubrique Cultur’elles puisque c’est mon domaine d’activités depuis maintenant 25 ans travaillant dans le monde de la culture artistique, que je déclinais dans Esprit de CEL tous les mois. Je donnais à nos lectrices et aux adhérentes du CEL - en 98, il y avait 250 adhérentes au CEL, je parle d’adhérentes, pour les soirées c’était autre chose on était beaucoup plus – des propositions artistiques, des programmations avec 98% de créations de femmes. Que ce soit de la littérature, proposer un spectacle, aller voir un film, toutes les déclinaisons...
Dans les grand moments de cette militance, il y a évidemment la rencontre avec le CEL, la rencontre avec les 3 G, avec toutes les femmes avec qui j’ai œuvré pendant des années et il y avait aussi les soirées réalisées par le CEL... D’abord, à l’Alhambra puis au Château des Fleurs où on était parfois 500 filles... c’était quand même extraordinaire... il y avait des filles qui arrivaient d’Avignon, de Forcalquier, du sud, de Nice...
Il y avait très, très peu de choses en région PACA et à Marseille, les soirées du CEL ont été pendant des années des moments très importants. Elles ont fait vivre le CEL car en termes de ressources, c’était beaucoup d’argent engrangé. Toutes les animatrices – en 98, nous étions 37 – étions toutes bénévoles. Les ateliers, c’étaient le badminton, le bridge , le bowling, les sorties, les randonnées avec Anita, l’œnologie avec Marie-Pierre... Il y avait pour les adhérentes du CEL une possibilité incroyable et formidable de faire avec d’autres femmes, d’autres amies - par forcement militantes – ou des compagnes plein de choses. Le CEL a été je crois dans cette ville une structure et une émergence incroyable du dynamisme des lesbiennes, de leur souci de convivialité. Et ce souci aussi d’inscrire ce mouvement à la fois politique, social, convivial, festif, amical et peut-être amoureux – certaines y ont pris, tant mieux pour elles.
Ça a été pendant des années quelque chose de formidable et en lien avec les 3 G, deux structures qui n’ont jamais été concurrentes mais très en phase et en synergie. Parallèlement à ça, j’ai milité dans d’autres groupes, je pense par exemple à Stonewall...
On avait créé un collectif Stonewall, collectif mixte, où on tenté d’apporter des réponses à des questionnements à la fois politiques, sociaux... c’était une année où il y avait les élections municipales et on avait souhaité interroger touts les politiques. Il y a eu aussi les Bigoudies... Il y a eu vraiment une émergence, qui continue bien sûr... avec des filles plus jeunes... parce que même si nous à nos âges avancés même si nous restons jeunes dans nos têtes, nous avons lancé des voies et des pistes... je pense qu’aujourd’hui, une jeune génération est en train de reprendre tout ça. Et c’est à la fois heureux et souhaitable !
Parmi le temps forts, je me souviens qu’étaient organisés très souvent des week-end à Forcalquier, à Pierrerue dans ce beau lieu qu’est les Magnans où là on a vécu des moments où on se rassemblait, on rigolait, évidement la rigolade était très très présente... avec l’aspect festif, les randonnées, les balades dans la région. Une année, on a créé avec Chris, adhérente au CEL et qui s’occupait de divers activités - comme le billard - on avait imaginé un rallye pour les femmes de 50 ans et on avait appelé ça "Nous sommes belles, nous sommes fières d’avoir 50 ans" et on avait organisé ce rallye sur 4 jours en posant toute une série de questions. Un rallye durait à peu près 5/6 heures et on était je crois ce week-end là une cinquantaine. C’était super ! Il y avait évidement le rallye, les fêtes, les Belladonna qui étaient venues jouer... c’était une période très, très dense !
Les UEH, qui existaient depuis longtemps et qui avaient mises en sommeil, ont repris en 98 et le CEL ne s’était pas investi. Dès 99, un groupe de femmes du CEL sont allées aux UEH. On a manifesté un certain nombre de choses, on avait un stand du CEL, on a participé à beaucoup de choses, il y a eu des expositions, des photographies... Donc il y a eu aussi un investissement sur les UEH...
Et l’un des temps forts que je garde de ces années là, c’est la participation de 38 femmes du CEL : nous sommes parties disputer et jouer avec un immense plaisir aux Jeux Olympiques gays et lesbiens, les Gay Games d’Amsterdam. Nous y sommes restées entre le 1er et le 8 août. On était une folle équipée de 38 lesbiennes lancées dans les rues d’Amsterdam (rires). Certaines ont participé à des épreuves de badminton, d’autres aux épreuves de billard. On était 8 du groupe de billard de Chris qui avait été hébergé au Club de billard de la rue Pavillon à Marseille toute l’année. Il y avait aussi de la natation... certaines ont couru le semi-marathon... tennis de table, bridge... Ça a été un moment assez extraordinaire qui a donné lieu d’ailleurs à cette vidéo faite par le CEL. On a toutes ramené une petite médaille, enfin pas si petite, elle est quand même très lourde... (rires)
C’est plein de souvenirs... qu’on a ensuite retranscrit dans Esprit de CEL, on a donné un compte-rendu de ce qui s’était passé... Et puis il y a eu aussi la Nike Women, course féminine auquel le CEL s’était inscrit et certaines y ont participé.
Il y a eu aussi la Fierté Lesbienne en juin 99. On avait investi le Théâtre du Merlan en partenariat avec leur équipe. On y avait fait des séances de cinéma. Et de spectacles au Cours Julien.
Et puis, notre participation au mouvement social et politique qui était l’inscription du PACS, qui a été enfin voté en octobre 99. C’était aussi quelque chose de très important pour le CEL. En septembre 98, le CEL allait mal... je me souviens d’assemblées générales... difficiles...
Et octobre 98, le CEL est reparti et ça continue encore aujourd’hui. En 2000, il y a eu les 10 ans du CEL où plein de choses se sont passées... Il ne faut oublier bien sûr la participation à la Coordination Nationale, celle de Die... en 2007, celle de Port Leucate.
Donc j’ai commencé en 90 cette rencontre avec ces structures féministes et lesbiennes. À partir de 97, une implication un peu plus forte en tant que militante bénévole.
Quand j’étais à Paris, j’avais découvert le festival de Sceaux, Festival de films de femmes qui est ensuite devenu le Festival de Créteil. Puis il y a eu scission et s’est créé Cineffable, Festival de films lesbiens. Il y a eu une implication des associations de toute la France, Cineffable leur donnant la parole. J’allais Créteil, j’allais à Cineffable et j’ai découvert plein de films formidables.
En 2002, sortant de cette très grave maladie, et étant en rémission complète, j’ai créé une association car j’avais perdu mon travail. Et pour subsister, j’avais 48 ans, il fallait que je bosse, j’ai créé MPPM (Mouving Project - Projet en Mouvement) et pendant 5 ans, j’ai fait de la production de spectacles vivants, de la photographie, de la danse, du théâtre, des arts plastiques, de la vidéo... C’était difficile d’en vivre... Au départ, j’avais créé MPPM avec une mission confié par la Ville de Marseille : un programme en mars 98 qui s’appelait "Femmes et mondialisation". Une copine du service des droits aux femmes m’avait proposé de monter toute une programmation qui devait durer un mois. Et j’avais 3 mois pour la préparer ! Ça s’est très bien passé, il y a eu beaucoup de monde...

Patricia : Tu avais fait un événement formidable, tu avais réussi à faire un événement complètement de gauche avec les sous d’une mairie de droite !

Absolument... (rires) C’est exactement ça ! Tu soulignes le côté résistant de ces propositions où j’avais programmé beaucoup d’artistes venues du Maghreb, je ne sais pas si tu te souviens du groupe Iness Mezel, Dalila Khatir... À l’époque, l’élue en question s’appelait Marie-Jeanne Fay-Bocognani, elle était historienne, prof d’histoire, et un jour, en réunion d travail, elle avait regardé mon travail et elle m’a dit : "Qu’est-ce que c’est que ça, Mademoiselle P. ? Il y a plein d’arabes dans votre programme !" (exclamations de la salle). Je lui ai répondu :"Mais vous connaissez bien l’histoire de Marseille et vous savez que Marseille a été libérée par les troupes où il y avait beaucoup d’arabes, de marocains !"... Là, elle est restée scotchée et j’ai rajouté : "À Marseille, les arabes ont tout autant à revendiquer leur appartenance et leur identité que vous-même, Madame". Et à partir de là, elle m’a foutu la paix ! Ça a été effectivement une très belle programmation et elle a été très bien suivie... Il y avait des expositions photos, de la musique, toutes sortes de choses...
J’ai toujours eu dans mon travail l’exigence que la parole soit donné aux femmes, quelles que soient leurs créations, quelles que soient leurs identités, qu’elles soient du Maghreb ou pas, qu’elles viennent de suède ou d’ailleurs et pendant des années, je me suis vraiment attachée à ce que les programmations proposées par MPPM soient celles de la création des femmes.
En 2002, une amie Florence F, qui s’occupait du festival de cinéma gay et lesbien à Paris, a eu l’idée de le faire aussi en région PACA. Elle avait interpellé François Da Silva qui dirigeait le cinéma César et il lui avait répondu oui, mais il n’était pas très emballé. Puis il y a eu un changement de direction, c’est Patrick Gracian qui est devenu directeur des 2 salles : le César et le Variétés. Avec ma structure MPPM, on s’est dit que MPPM pouvait être porteuse du projet. Florence et moi, on est allé voir Patrick pour lui proposer de monter un festival : thématique gay, lesbien, bi et trans. On a trouvé le nom et Patrcik a dit : "Je vous soutiens". On avait un petit peu d’argent de MPPM que j’avais thésaurisé avec mon travail dans MPPM. Car on se disait qu’avec ce festival, on n’aurait pas de subventions. On a mis chacune un petit budget et on a monté le premier festival que nous avons appelé "Reflets, des films d’aujourd’hui pour penser demain", festival mixte aux thématiques gays, lesbiennes, bi et trans. Le festival s’est tenu sur 4 jours et à notre grande surprise, on a eu 800 personnes ! On s’est dit : "Pari gagné !" Dans une ville de droite, dans une ville que tout le monde traite d’homophobe, très machiste, etc... On avait réussi à fédérer les arrivées de gays, de lesbiennes, de bi, de trans sur un vecteur qui était le vecteur artistique du cinéma mais pas seulement...
J’ai toujours voulu avec MPPM représenté toutes les composantes du monde artistique. Et le festival Reflets a toujours eu comme ligne directrice : "Nous sommes un festival de cinéma" mais au-delà de ça, on va aussi montré d’autres choses. Il faut d’autres regards. Et c’est dans ce sens qu’on a interpellé dès la première année, des plasticiens, des gens de la poésie, de l’écriture, de la photographie, des performances... qu’on a installé dans les Variétés... La 2eme année, on a travaillé avec le Cabaret Aléatoire pour organiser une soirée concert et cinéma. Pendant des années, on a reçu des artistes comme Jeanne Balibar, une jeune DJ montante comme Miss Anacor, Oshen qui n’était pas encore Océane Rose Marie, la lesbienne invisible... Nous avions toujours le désir Florence et moi de donner la parole aux femmes le plus largement possible. C’est en ce sens que la militance a continué car nous avons toujours lié l’activité du festival avec toutes les associations.
Et jusqu’en 2011 où le festival s’est arrêté, après les 2 dernières années que j’ai dirigé seule, nous avons été très soucieuses de mettre en synergie les actions qui étaient menées et mettre en valeur, le travail des associations LGBT. Le CEL, les 3 G... avec des cartes blanches offertes aux associations... d’autres associations également... les Jeunes Gays, etc... Aides, SOS Homophobie... étaient nos partenaires pendant des années.
Ainsi que des partenaires venus du monde de la culture, le Festival de Marseille, le Théâtre du Merlan, le Ballet National de Marseille... toujours avoir cette adéquation, cette portée politique par les œuvres que l’on présentait, un regard porté sur le monde. Il me semble que les œuvres des gays et des lesbiennes donnent un certain point de vue sur le monde qui est le nôtre, nos vies, nos revendications, ce que nous sommes et ce que nous exprimons. Mais pour autant, ne pas se couper de la société civile, de tout ce qui fait nos vies au quotidien... D’ailleurs au festival, on pouvait aussi assister à des repas que j’organisais et ensuite aller voir un film. Essayer en permanence d’être en rapport de synergie, de complémentarité, de fraternité avec des structures et des gens qui existent et font d’autres travails que nous. C’est une chose très importante et j’espère que cela aura laissé une trace à Marseille.
Aujourd’hui j’ai arrêté cette activité, d’abord parce que j’y ai passé 10 ans dont 2 à porter seule le festival et 10 à devoir le gérer, l’administrer. Ça a été des moments absolument passionnants. En 2012, j’ai eu des soucis de santé, je me suis dit qu’il était temps d’arrêter. Mais je n’ai pas souhaité arrêter complètement cette histoire parce que je trouvais dommage qu’après 10 ans, tout s’arrête d’un coup. Et c’est Ze festival, porté par une association de Nice, qui a depuis 2012 pris la suite.
Pour continuer à parler de la militance, j’ai collaboré à 2 GayPride en 2010 et 2011 avec une structure qui s’appelait "Tous égaux". Ça n’a pas été sans mal car le monde LGBT a été secoué par des choses que je trouve assez dramatiques. L’EuroPride de cette année 2013 en est encore le témoignage brûlant. Pour autant, je continue cette militance. Un nouveau collectif s’est créé à l’initiative de gens beaucoup plus jeunes que moi et ça, c’est formidable ! Ils reprennent et continuent avec des actions différentes des nôtres. Nous, on a lutté pour le PACS, aujourd’hui, d’autres luttent pour le mariage pour tous.
Aujourd’hui, je pense qu’il y a malheureusement des régressions dans le monde et dans la société civile d’abord à l’égard des femmes, et ensuite à l’égard des homosexuels et que notre vigilance doit être constante et ne jamais considérer que les choses sont acquises. On a fait beaucoup de choses mais il reste encore à faire pour les générations futures.
Je travaille avec des gens beaucoup plus jeunes, j’apporte mon soutien à des projets. Ce jeune collectif IDEM a porté sa part tout comme le CEL dans l’EuroPride. On est assez content et un livre va sortir : évocation de tout ce qui a été fait pendant une dizaine de jours dans le cadre de l’EuroPride par le collectif IDEM.
A part ça, je suis une retraitée heureuse, j’essaie de continuer ma vie avec la joie dans le cœur, la curiosité des autres et continuer ma militance mais en levant le pied car j’ai bien envie de faire d’autres choses...(rires)

Documents contenus dans le témoignage
Femmes en mouvement O 3 G - Libérez la vache folle Esprit de CEL numéro 1 Esprit de CEL numéro 1 Esprit de CEL n12 Programme des ateliers œnologie avec Marie-Pierre
CEL - fête des 50 ans 1998 - CEL- Rallye 1998 - Gay Games 1998 - Gay Games Esprit de CEL n4 été 1998 Esprit de CEL Nike Women 1999
MPPM Reflets 2002 Reflets 2003 Reflets 2004 Reflets 2005 Reflets 2006